Climat Météo-France Antilles-Guyane

Météo-France Antilles-Guyane

A quoi s’attendre en Guyane avec le retour probable d’El Niño en 2026 ?

29/05/2026

Un épisode El Niño se profile de manière probable au cours des prochains mois, avec vraisemblablement un pic d’intensité d’ici à la fin de l’année. Le phénomène ENSO, qui résulte d’une interaction entre océan et atmosphère et se matérialise par des anomalies de température de surface dans l’océan Pacifique Centre et Est Équatorial, a des impacts majeurs dans certaines régions du monde.

Les spéculations fusent quant à l’amplitude du phénomène qui pourrait atteindre une forte intensité, et les impacts qu’il aura sur la planète. En effet, superposé au réchauffement climatique induit par les activités humaines, il pourrait causer de fortes températures. En Guyane, il a des conséquences sur la pluviométrie : lors de ces phases et même après, la région peut connaître un déficit pluviométrique.

Décortiquons ensemble ce phénomène et ses conséquences en Guyane pour mieux comprendre à quoi s’attendre en cette fin d’année 2026.

Climatologie : un lien notable entre pluviométrie et ENSO

En Guyane, les impacts du phénomènes ENSO sur le climat sont particulièrement observables avec la pluviométrie. En effet, lors de phases El Niño, la pluviométrie est généralement plus faible que la normale.

A l’inverse lors de phases La Niña, la pluviométrie est le plus souvent déficitaire.

Par le passé, de bonnes corrélations entre la pluviométrie et les différentes phases du phénomènes ENSO ont pu être observées comme sur la figure ci-dessous.

 

Figure 1 :Météo-France Antilles-Guyane

Lire aussi : El Niño : quels impacts sur les territoires d’outre-mer ?

Les dernières prévisions

Les prévisions des indices ENSO des mois derniers s’accordent sur la survenue d’une phase El Niño ces prochains mois. La date de bascule vers cette phase varie néanmoins selon les centres de prévision, mais 80% des modèles sont d’accord pour une bascule entre juin et août. La survenue est quasiment certaine d’ici à septembre 2026 (accord des ensembles de modèles européens, américains et australiens).

 

Lire aussi : WMO: Likelihood increases of El Niño et El Niño très probablement de retour à partir de l’été 2026 : quelles conséquences à l’échelle planétaire ?

 

Des doutes persistent néanmoins sur l’intensité du phénomène, le printemps étant une période avec une plus forte dispersion dans les prévisions. Les dernières actualisations présentent une croissance variable du phénomène d’ici à la fin de l’année, mais la moitié des modèles s’accordent sur le dépassement du seuil de +2,5°C avant la fin de la période de prévision (octobre 2026), dont le modèle de Météo-France (figure 2). Les différents modèles présentent cependant toujours une dispersion majeure, visible grâce à l’étendue du panache sur les graphiques de gauche et de droite de la  Il s’agira donc d’affiner les prévisions avec les prochaines actualisations des modèles.

 

Figure 2 : C3S

 

En termes d’impacts sur la température, la Guyane peut se préparer de manière certaine à des températures supérieures aux normales, attestées par les prévisions saisonnières de Météo-France. Une saison sèche exceptionnellement chaude est loin d’être écartée.

 

Pour ce qui est de la pluviométrie, les conséquences sont pas directement liées à l’intensité du phénomène et sont donc plus difficiles à anticiper. D’autres composantes du climat planétaire, comme des eaux anormalement chaudes/froides sur l’Atlantique tropical, peuvent nuancer et modifier la réponse de la pluviométrie en Guyane.

 

A ce stade, il demeure compliqué de quantifier le potentiel déficit pluviométrique pour la prochaine saison sèche. Les prévisions du centre européen pour le trimestre de juillet-août -septembre (Figure 3) projettent une tendance à la baisse notable sur l’Amazonie. Cette dernière remonte progressivement vers la Guyane. Le déficit pluviométrique surviendrait donc plutôt vers la fin de la saison sèche.

 

Figure 3 : Centre européen

Néanmoins, comme pour les épisodes El Niño 2023/2024 et d’autres avant cela, une vigilance toute particulière sera accordée à l’année 2027. En effet, les conséquences seraient d’autant plus importantes si le déficit pluviométrique venait à durer dans le temps. Il s’agit donc de surveiller les pluies durant la saison sèche prochaine, mais aussi durant les saisons qui suivront.

Des impacts à attendre en Guyane

Même si les prévisions restent à affiner, un épisode El Niño fort est probable. Les impacts d’une saison très chaude et très sèche seraient nombreux, allant d’une agriculture fragilisée à des niveaux d’étiage très bas, en passant par des besoins énergétiques accrus et des risques sur la santé, notamment liés à l’hyperthermie.

Pour aller plus loin : de l'ONI au RONI

L’indice traditionnel permettant de mesurer l’intensité du phénomène ENSO est l’Oceanic Nino Index (ONI). Cet indice compare les températures de l’Océan Pacifique tropicale (boîte 3.4) à une normale climatologique (moyenne des températures océaniques sur 30 ans).

 

Figure 4 : Bureau of Meteorology, Australian Government

L’ONI dépend donc beaucoup de la normale climatique choisie, et ne prend pas en compte les variations de températures de l’Océan tropical entier. De plus, les variations de température de l’Océan Pacifique tropicale, ne sont pas le résultat unique du phénomène ENSO, d’autres facteurs un rôle, comme le changement climatique par exemple.

 

Afin de mieux mesurer l’intensité du phénomène ENSO, un nouvel indice a été récemment introduit par le Climate Prediction Center. Cet indice s’intitule Relative Oceanic Nino Index (RONI).

Le RONI soustrait à l’indice ONI les variations de températures de l’Océan tropical entier sur une ceinture 20S-20N. Cet indicateur est donc un calcul d’anomalie et permet de mieux appréhender les variations de températures induites par le phénomène ENSO uniquement.

 

En effet, dans un contexte de changement climatique, l’Océan tropical entier se réchauffe. Cette augmentation des températures de l’Océan tropical n’est pas distinguée de l’augmentation des températures de l’Océan Tropical dans le calcul de l’ONI.

 

De plus, ce changement d’indicateur a permis de réévaluer à la baisse ou à la hausse certaines précédentes phases du phénomène ENSO. En effet, la comparaison des deux indicateurs, a révélé deux points : par le passé, l’ONI a pu surestimer l’intensité de certaines phases El Niño, tandis qu’il a pu sous-estimer l’intensité des phases La Niña.

 

Pour autant, il est important de noter, qu’il n’existe pas de relation linéaire entre l’intensité du phénomène ENSO et ses impacts.

 

Lire aussi : CPC adopts Relative Oceanic Niño Index (RONI) for reliable, responsive monitoring and tracking of ENSO et Southern hemisphere outlooks from the BOM