A la une Photo d'Hadrien Lalagüe montrant un feu de savane en Guyane en  2026

Adrien Lalagüe

La Zone de Convergence Inter Tropicale se rapproche, la Guyane s'oriente vers un changement de temps

06/11/2026

La saison sèche 2026 n'est pas encore terminée, mais on peut déjà affirmer qu'elle sera la plus sévère que la Guyane ait connue depuis le début des observations météorologiques en 1949, sous l'influence du phénomène El Niño d'intensité exceptionnelle.
Un changement de temps significatif devrait pourtant s'amorcer à partir du 12/13 novembre, marquant ainsi le début de la transition progressive vers la petite saison des pluies. Le calendrier théorique des saisons sera donc très probablement encore respecté cette année, mais sous l'influence du phénomène ELNiño proche de son intensité maximale actuellement et encore présent au premier trimestre 2027, la petite saison 2027 (période décembre, janvier février) devrait se caractériser par une pluviométrie plus faible que la normale, entretenant ainsi un déficit pluviométrique qui s'est installé sur la Guyane depuis juin 2026.

Une saison sèche 2026 exceptionnelle

Avec l’arrivée du phénomène El Niño à partir du mois de mai, l’impact sur le climat guyanais n’a pas tardé à se faire sentir  La pluviométrie en Guyane est devenue déficitaire dès le mois de juin.

Le tableau ci-dessus nous montre comment le déficit pluviométrique a eu tendance à se creuser au fil des mois en parallèle de l’intensification du phénomène El Niño, qualifié de très fort à partir du mois d’août.
Le calendrier théorique de la saison sèche s’étire de début juillet à fin novembre ; le déficit pluviométrique sur la période juillet/octobre atteint 54 %. Jamais la Guyane n’avait connu une période de juillet à octobre aussi sèche. Avec El Niño 2026 qui s’intensifie encore, il est très probable que le mois de novembre présente lui aussi un déficit pluviométrique conséquent. Ainsi, La saison sèche 2026 a de très grandes chances de devenir la saison sèche la plus sévère que la Guyane ait connue depuis le début des observations météorologiques en 1949.

Et pourtant, il faut bien le rappeler dans un passé proche, sous l’influence inverse d’une phase La Niña, pendant deux années consécutives, en 2021 et 2022, les saisons sèches étaient très peu marquées et écourtées avec un mois d’août encore bien arrosé et un retour de la petite saison des pluies dès le début novembre.

A la lecture de ce tableau, on peut constater la grande variabilité entre les saisons sèches sous l’influence des phases La Niña et El Niño. Le mois d’octobre  2021 (le plus sec de cette année) avait été plus arrosé que le mois de juillet 2026 et 5 fois plus pluvieux que le mois d’octobre 2026.

La saison sèche 2026 est aussi exceptionnellement chaude.
À Cayenne, la température minimale observée généralement en fin de nuit descend rarement sous les 26 degrés depuis la fin du mois d’août.
Dans la Guyane continentale, une relative fraîcheur est encore observée les fins de nuit au cours de cette saison sèche avec des températures minimales qui oscillent entre 21 et 23 degrés (plus souvent proches des 22 à 23 degrés). En revanche la chaleur s’est accentuée progressivement dans les communes de l’intérieur les après-midi. Les températures maximales dépassent les 35 degrés quasi quotidiennement depuis la mi-août dans la majeure partie des communes de l’intérieur. La chaleur s’est ensuite encore accentuée en septembre puis en octobre. Ainsi les températures maximales se situent le plus souvent au-dessus des 36 degrés depuis la mi-septembre sur les communes du Maroni et du côté de Camopi sur l’Oyapock. En octobre, la barre des 38 degrés a été franchie à Apatou, Grand-Santi, Maripasoula, Cacao, Taluen et Charvein (proche saint-Laurent).
C’est cependant à Camopi que la chaleur est la plus importante pour cette saison sèche  2026. Les 38 degrés ont été atteints quasi quotidiennement depuis la fin septembre et les 39 degrés ont même été dépassés à trois reprises. Le record absolu de température maximale en Guyane a été franchi le 24 octobre 2026 et à nouveau égalé le 28 octobre 2026. 

L'année 2026 n'est certes pas terminée, mais en essayant plusieurs scénarios (plus ou moins chauds pour les mois de novembre et décembre et en se basant sur les résultats des 10 premiers mois de l'année), il est très probable que 2026 soit la deuxième année la plus chaude que la Guyane ait connue derrière 2024, mais devant 2023. On aurait doc un top 3 des années les plus chaudes en Guyane : 1ᵉʳ 2024, 2ᵉ 2026, 3ᵉ 2023. 

Cela s'explique par la conjugaison de 2 phénomènes qui agissent sur des échelles de temps différentes : la tendance de fond sur un temps long du changement climatique avec une hausse lente et progressive des températures, amplifiée par l'effet plus ponctuel, mais marqué des phases de réchauffement associées aux épisodes El Niño.

La ZCIT se rapproche, annonçant un changement significatif du temps

Le calendrier théorique des positions de la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) montre qu’elle se rapproche progressivement de la Guyane courant novembre et nous atteint en décembre. Sa marge sud commence donc souvent à partir de la mi-novembre à apporter quelques averses sur le nord du territoire. Cette descente vers le sud, associée au retour progressif des pluies se fait généralement sentir plus tardivement dans le sud de la Guyane où les premières pluies significatives arrivent plutôt courant décembre.

 

La carte ci-dessus illustre les positions moyennes de la ZCIT pendant la période de novembre à  février, il illustre son glissement progressif vers le sud. 

Cette année en tout cas, la ZCIT semble être à l’heure au rendez-vous en s’installant à proximité de la Guyane à partir de la mi-novembre. Son influence sur le temps sur notre territoire se fera même sentir un petit peu avant. La bordure sud de la ZCIT apportant déjà de l'humidité.
 

Concrètement, le temps sec que l’on connaît maintenant depuis plus de 2 mois va perdurer jusqu’à samedi 9 novembre inclus.
Une première petite timide humidification temporaire est attendue de dimanche 8 à lundi 9 novembre, mais les quantités de pluies associées devraient rester modestes et localisées, se focalisant plutôt sur les premiers contreforts de l’arrière-pays. La bordure littorale ne sera pas franchement concernée et plus au sud, les communes du haut Oyapock vers Saül et la vallée du Maroni en amont d’Apatou, resteront probablement au sec.
La tendance est de nouveau à l’assèchement à partir de mardi 10 novembre et jusqu’à jeudi 12 novembre en lien avec un éloignement temporaire vers le nord de la ZCIT. Cela n'exclut pas le passage de quelques petites averses localisées entre mardi 10 et jeudi 12 novembre, mais elles devraient rester anecdotiques.

Le vrai changement de temps est attendu à partir de vendredi 13 novembre avec cette fois la ZCIT qui se rapproche nettement pour se caler à proximité immédiate sur l’océan. Les averses se font donc plus fréquentes pendant quelques jours à  partir du 13 novembre sur un grand tiers nord de la Guyane au nord d’un axe reliant Saint-Georges à Apatou. 

En revanche, plus au sud de Camopi à Maripasoula et plus encore dans l’extrême sud de la Guyane, les passages pluvieux seront probablement plus localisés et moins fréquents. Cela reste encore à confirmer. L'échéance reste lointaine, quelques fortes averses et orages ne sont pas exclus au cours de cette période sur le sud guyanais.

 La carte ci-dessous montre les prévisions du Centre Européen de Prévisions ( ECMWF)  d'écart à la normale de la pluviométrie sur 2 semaines consécutives du 9 au 15 novembre, puis du 16 au 22 novembre. Les couleurs dans les tons verts sont associées à une pluviométrie supérieure à la normale, les tons orangés correspondent eux à une pluviométrie déficitaire.

 

 

 

Sous l'influence du phénomène El Niño, la pluviométrie devrait rester déficitaire les mois prochains

Ce retour de quelques pluies sur le nord de la Guyane à partir de la mi-novembre s’inscrit donc dans le calendrier théorique des saisons avec souvent à partir de la mi-novembre, ce que l’on peut appeler les prémices ou la transition vers la petite saison des pluies.
En revanche sous l’influence du phénomène El Niño proche de son pic d’intensité, la pluviométrie, même si elle repart effectivement à la hausse à partir de la mi-novembre cette année, devrait rester déficitaire par rapport à la normale et cette tendance devrait se poursuivre dans les mois suivants.

Le graphe ci-dessous nous montre les prévisions de météo-France au cours de prochains mois de l'indice RONI, indice qui permet de déterminer les différentes phases du cycle ENSO ( El Niño, Neutre et La Niña) et leur intensité.

   

 

Quand l'indice  RONI3.4  dépasse les  +2°C, on considère que l'on est en phase EL Niño de très forte intensité; C'est actuellement le cas avec un indice proche de +3°C. La phase neutre correspond à une valeur d'indice RONI3.4 entre  -0.5°C et +0.5°C et les phases Niña sont associées à un indice négatif, inférieur à -0.5°C. 

À la lecture du graphe, on constate que l'indice RONI3.4 devrait atteindre son pic en décembre puis baisser fortement au cours du premier trimestre 2027. Même avec un indice déclinant en début d'année  2027, l'influence d'el Niño devrait donc toujours influencer la pluviométrie en Guyane dans les prochains mois avec une tendance déficitaire prévue.  

Ce changement de temps qui devrait s'amorcer cette année à partir de la mi-novembre marquera comme tous les ans un changement net de temps par rapport à la saison sèche, mais il est fort probable qu’en termes d’intensité, la petite saison des pluies (période décembre, janvier, février) se situe dans le bas du classement, du côté des petites saisons des pluies les moins arrosées.
Le tableau ci-dessous présente le top 10 des petites saisons des pluies (période décembre/janvier/février) les moins arrosées que la Guyane ait connues. Ce tableau est basé sur la pluviométrie moyennée sur les 13 postes climatologiques principaux, représentatifs du territoire.

  

On peut constater que même peu arrosées, les petites saisons des pluies les plus sèches mesurées en Guyane présentent un cumul total sur la période de début décembre à fin février proche des 500 mm, sans comparaison avec la saison sèche. Il est bien trop tôt pour caractériser précisément la petite saison des pluies 2027, mais il est d'ores et déjà très probable qu'elle sera déficitaire.

 

 

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