A la une Rouleaux au rivage sur les plages de Rémire-Monjoly

Météo-France

États de mer au rivage, saisonnalité, profil des plages : mieux connaître les dangers en Guyane

09/07/2026

Une meilleure connaissance des risques liés à la baignade en bord de mer aide à mieux affronter ses dangers.
En effet, si la période de décembre à début mai se distingue par des états de mer plus souvent dégradés que durant le reste de l’année, nous devons cependant nous rappeler que la mer peut se révéler traîtresse en toute saison, notamment en raison du profil changé de certaines plages après le départ des bancs de vase.
Pour vous alerter sur ces dangers, cet article vous propose donc l’analyse croisée de Météo-France et du BRGM sur ce sujet.

saisonnalité des états de mer

En Guyane, deux phénomènes sont à l’origine des périodes de dégradation de l'état de la mer à la côte :
- Les périodes d’alizés soutenus
- Les longues houles de Nord.

Ces phénomènes peuvent se juxtaposer.

Les périodes d’alizés soutenus :
Régulièrement entre décembre et avril, parfois même jusqu’en mai, on observe des situations favorables au renforcement des alizés. Un vent soutenu souffle alors des côtes de Mauritanie vers le littoral Guyanais. Ces vents soufflant à plus de 40 km/h sur une vaste zone soulèvent des vagues qui se déplacent vers la Guyane en suivant la direction des alizés, générant ainsi des rouleaux déferlant au rivage.
C’est un peu la situation typique du petit été de mars. Ces périodes venteuses propices aux développements des vagues peuvent durer plus d’une semaine. Sur de tels épisodes, les hauteurs de vague dans le domaine du large (au-delà de 45 km des côtes) peuvent dépasser les 2,50 m de hauteur. Elles arrivent à déferler jusqu’au rivage à marée haute. L'illustration ci-dessous montre ce phénomène.

Situation météorologique du 1ᵉʳ février  2025 avec en bleu les hauteurs de vagues supérieures à 2m50, les flèches rouge représentent la direction de la houle et les symboles en noir indiquent la vitesse et la direction du vent. On peut voir la zone de vents forts qui s'étire des côtes d'Afrique du Nord à la Guyane.Tableau de correspondance entre les symboles et la force du vent

 

les longues houles de nord

Ce phénomène, plus rare, se produit quand une dépression très creuse est peu mobile loin au nord sur l’océan. Les vents forts qui accompagnent cette dépression génèrent des vagues très énergétiques qui se propagent vers le sud à grande vitesse : la longue houle de nord.
Les longues houles de nord sont généralement issues des tempêtes hivernales qui, entre novembre à avril, circulent dans le nord de l’océan Atlantique (souvent au large de Terre Neuve), mais aussi plus rarement lorsque les restes d’un phénomène cyclonique remontent vers le nord au large du littoral nord-américain, là aussi avec une vitesse de déplacement assez faible.
Si les longues houles de nord qui se forment à partir de ces tempêtes ne rencontrent pas d’alizés soutenus sur leur trajet, elles peuvent se propager jusqu’au littoral guyanais avec beaucoup d’énergie. Elles sont à l’origine des plus hautes vagues que la Guyane connaisse.
Le 14 janvier 2013, le houlographe implanté au large de l’embouchure du Mahury (à 7 km des côtes) mesure des hauteurs de vagues de 5m80 pour une période très longue de plus de 17 secondes (intervalle de temps qui sépare les vagues). Cette très longue houle de Nord était due à une profonde dépression située à 3 900 km au nord nord-ouest du littoral guyanais. Cela a donné lieu à la première vigilance de niveau rouge en Guyane.Crédit photographique France Guyane: le 14 janvier 2013, une longue houle de nord déferle sur le littoral guyanais et submerge la route des plages

 

 

Plus récemment, dans la nuit du 5 au 6 octobre 2025, le cyclone Imelda est resté peu mobile à proximité des Bermudes à 2 800 km au nord-ouest de la Guyane. Il a provoqué une submersion à marée haute sur la pointe d’Awala-Yalimapo à l’arrivée des premiers trains de longue houle de nord avec des vagues d’une hauteur de 2 m et de 13 secondes de période, dans un contexte de début d’épisode de grandes marées.Arrivée de la longue houle de nord d'origine cyclonique sur le nord-ouest de la Guyane dans la nuit du  5  au 6 octobre 2025

L’image ci-dessus montre la propagation du nord vers le sud des longs trains de houle de nord  (flèches rouges) qui touchent le littoral guyanais dans la nuit du 5 au 6 octobre 2025.

 

La saison des graines

En superposant les occurrences de dégradation des conditions maritimes dues aux longues houles de nord et aux périodes d’alizés soutenus, on constate qu'à l’exception des longues houles d’origine cyclonique se produisant en septembre/octobre, la majeure partie des épisodes de mer les plus dangereux en Guyane se retrouvent durant la période de décembre à avril, parfois jusqu'en mai.
Il y a donc une saisonnalité des états de mer les plus dégradés correspondant à la période de décembre à début mai, que l’on nomme aussi la saison des graines.
Le dicton « Saison gren lan mé mové » n’est pas à prendre à la légère.

Le reste de l’année, souvent moins ventilé en bord de mer, les conditions maritimes sont généralement meilleures.
Toutefois, comme l’illustrent les épisodes de longues houles de nord liées au lointain passage de phénomènes cycloniques entre septembre et octobre, l’état de la mer peut aussi se dégrader en toute saison, sous l’effet d’un renforcement temporaire du vent, soit à proximité, soit dans une zone éloignée.

En bord de mer, quelle que soit la période de l’année, il convient donc d’être prudent et attentif au danger. C’est d’autant plus vrai avec la migration des bancs de vase. Sur certaines plages, les vagues ne sont plus autant amorties qu’auparavant à leur arrivée au rivage. De plus, le profil de certaines plages a bien changé avec en certains secteurs une pente accentuée et dangereuse.

Le BRGM de Guyane pilote avec la Direction Générale des Territoires et de la Mer (DGTM) l’observatoire de la dynamique côtière (OdyC), il étudie au quotidien les évolutions du trait de côte en Guyane.

 Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous proposons l'analyse du BRGM de Guyane sur les évolutions récentes des profils de plages et les dangers associés.

 

Les plages en Guyane

La singularité du littoral de Guyane et de la côte des Guyanes au sens large (Guyane française, Suriname, Guyana), réside dans la formation et la migration vers le Vénézuéla de larges bancs de vase en provenance de l’Amazone. Ces grands dépôts sédimentaires ont constitué, à travers le temps long (plusieurs dizaines de milliers d’années) et sur plus de 1 500 km, la plus longue côte à mangrove du monde.Déplacement des bancs de vase le long des côtes de Guyane entre  2016 et 2025

L’image ci-dessus montre la position des bancs de vase amazoniens en Guyane entre 2016 et 2025.

La Guyane française, contrairement au Suriname et au Guyana, dispose de plages de sables grâce à la géologie de l’arrière-pays qui est drainée par les nombreux fleuves et criques que compte la région. Ces plages, de quelques mètres d’épaisseur, se sont construites par-dessus des dépôts de vase hérités des phases d’envasement antérieures. 

Influence des bancs de vase sur la dynamique des plages

L’approche, la résidence ou l’absence d’un banc de vase sur un site de plage influence le déplacement du sable par les vagues et par conséquent la morphologie des plages. Ce phénomène est appelé « rotation de plage forcée par des bancs de vase ». Le climat de vagues en Guyane est majoritairement lié au régime d’alizé et approche la côte par le cadran NE. L’orientation de la côte, majoritairement Nord-Ouest--Sud-Est entre Sinnamary et Cayenne, puis Ouest Nord-Ouest--Est Sud-Est entre Awala-Yalimapo et Sinnamary, guide un transport de sédiments vers le Nord-Ouest sur l’ensemble des plages en l’absence de banc de vase. Il en résulte une forte érosion dans le secteur Sud-Est des plages, comme sur la plage des Salines de Montjoly côté Montravel actuellement, et une plage qui avance fortement sur le secteur Nord-Ouest, comme sur la plage des Salines de Montjoly côté Mont Bourda actuellement. Inversement, l’approche d’un banc de vase modifie l’orientation des vagues à la côte et inverse le sens du transport sédimentaire : ainsi sur les Salines de Montjoly entre 2013 et 2015, la large plage de sable côté Mont Bourda s’est fortement érodée avec un déplacement des sables en direction de Montravel. Lorsque le banc de vase s’installe, il amortit l’énergie des vagues du large et fixe la morphologie de la plage. L’avant-côte se remplie de vase comme sur les Salines de 2016 à 2023, ou encore actuellement sur la plage de Kourou. Lorsque le banc de vase est évacué vers l’ouest, la dynamique de plage sans banc de vase reprend. La durée des phases d’envasement et de dévasement est assez irrégulière, néanmoins, on compte autour de 10 ans de temps de résidence (phase d’envasement) puis 10 ans d’absence d’un banc de vase. Sur cette dernière période, les vagues déferlent sur la plage.Schéma présentant le phénomène de rotation des plages sous l'influence des bancs de vase

Plages de Guyane: type de plage, spécificités et éléments de prudence

La côte de Guyane française est dite « à marée », c’est-à-dire connaissant des marées régulières dont le coefficient est variable et on y distingue trois types de plages :

   1) les plages estuariennes composées de sables d’origine fluviatile et positionnées au droit des embouchures. La dynamique de ces corps sableux est conditionnée à 1) l’influence des fleuves qui jouent le rôle d’épis hydrauliques et permettent notamment la formation de flèches sableuses, et 2) à l’influence des bancs de vase. On citera les plages d’Awala-Yalimapo en rive droite du Maroni dans l’ouest de la Guyane ou celle de la Pointe Liberté en rive gauche du fleuve Cayenne ;

   2) les plages de cheniers résultant d’une accumulation de sable (Guyane française, Suriname) ou de débris coquillés (Suriname, Guyana) en période sans banc de vase et reposant sur une avant-côte argileuse. Les cheniers sur la côte des Guyanes sont catégorisés en deux types : ceux qui possèdent un stock sableux suffisamment important leur permettant de rester en place, et ceux qui migrent par débordement vers l’arrière-côte. On citera les plages de Kamuyeneh sur la commune de Macouria, ou les plages difficiles d’accès des savanes Sarcelle, sur la commune de Mana dans l’ouest de la Guyane ;

   3) les plages de poches ou de baies, qui correspondent à un cordon sableux délimité par deux promontoires rocheux et qui souvent sont alimentées en sédiments par un fleuve côtier. En Guyane française, ces types de plages concernent celles de la presqu’île de Cayenne et de Kourou. L’arrière-plage, plus ou moins étendue, peut être colonisée par des formations végétales basses comme des ipomées lorsque la morphologie de plage est stable sur une période de plusieurs mois.Diffèrents type de plage de Guyane

L’ensemble de photographies ci-dessus montre :
- en haut à gauche, la plage de Montabo dans le secteur en érosion côté Mont Bourda, ainsi que les enrochements qui ont été déployés,
- en haut à droite, la plage des Salines de Montjoly sur le secteur en érosion vers Montravel,
- en bas à gauche, la plage d’estuaire de Yalimapo à marée basse, avec l’embouchure du Maroni au second plan, 
- en bas à droite, une plage de chenier dans l’ouest de la Guyane en rive gauche de la Mana ; cette plage s’est formée il y a à peine trois ans.

L’ensemble du littoral de Guyane française présentent de manière générale une avant-côte peu profonde, avec une pente faible et relativement régulière sur plusieurs kilomètres vers le large. La nature des fonds est principalement argileuse.

La forme des plages en Guyane est dite « réflective » : c’est-à-dire que ces plages présentent des pentes raides, avec un estran découvrant à marée basse réduit. Les vagues déferlent au plus près de la plage lorsque la marée est haute. Diffèrents profils sur la plage des salines

Ci-dessus, la figure illustre à la fois la profondeur aux abords de la plage des Salines et la pente raide de la plage avec deux profils topographiques. La forme de cette plage est dite réflective, car les vagues déferlent au plus près de la plage accentuant la raideur de la pente. L’estran (partie du littoral périodiquement recouverte par la marée) disponible à marée basse est très faible. Le niveau moyen du plan d’eau à marée haute, sans l’oscillation liée aux vagues, montre une tranche d’eau de plus de 2 m à marée haute sur ces plages. Le niveau de la marée haute est représenté par une ligne bleue sur les profils.

Éléments de prudence :

Comme sur toutes les plages et les côtes à marée, des courants côtiers d’intensité variable, dirigés vers le large se développent surtout à marée haute. En contexte inter-banc sur les côtes de Guyane française, leur intensité peut notablement forcir augmentant le risque d’emport. Les plages à proximité des grands estuaires, comme la plage de Yalimapo, peuvent de plus présenter des courants estuariens de forte intensité (marée et écoulement du fleuve).

En 2026, les plages dévasées où les vagues déferlent librement et sans atténuation sont les plages des communes de Rémire-Montjoly, Cayenne et Awala-Yalimapo. La plage de Kourou est en phase de dévasement, mais une partie du banc est encore en place atténuant partiellement l’énergie des vagues. Les plages de la Pointe Liberté et du Bario, situées dans les estuaires du Cayenne et du Mahury, sont sous l’influence de courants estuariens pouvant être forts.

Dans le cas d’une activité littorale, quel que soit le niveau d’envasement devant la plage, il convient d’observer une prudence accrue et de se renseigner sur les consignes de la sécurité civile et sur les états de mer.

Informations utiles :

Le Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM) est l’établissement public de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol. Son action est orientée vers la recherche scientifique, l’appui aux politiques publiques, la coopération internationale et la sécurité minière. https://www.brgm.fr/fr

Le BRGM en Guyane concentre son action sur la gestion des eaux souterraines, les risques du sol et du sous-sol dont la dynamique du littoral de Guyane, les ressources minérales et l’économie circulaire et la géologie et la connaissance du sous-sol. https://www.brgm.fr/fr/implantation-regionale/guyane-reseau-regional-brgm

L’Observatoire de la dynamique Côtière de Guyane (ODyC) porte 5 missions principales : munir le territoire d’un outil d’observation ; produire, collecter, harmoniser et diffuser les connaissances ; fédérer l’ensemble des acteurs ; sensibiliser le public aux enjeux ; apporter des éléments d’expertise et d’aide à la décision. Construit en 2014, il est le fruit d’une collaboration étroite entre le BRGM et la Direction Générale des Territoires et de la Mer (DGTM, services de l’État en Guyane, ndlr). Il offre un cadre local de diffusion d’informations sur la dynamique du littoral, de discussion entre les opérateurs techniques, les instituts de recherche, les services de l’État et les collectivités en Guyane. L’observatoire diffuse des informations en direction du grand public sur la dynamique côtière exceptionnelle du territoire. https://observatoire-littoral-guyane.fr/

Conclusion: connaitre les dangers et se tenir informé

Au fil du temps, sous l'influence du déplacement des bancs de vase, le profil des plages évolue et le niveau de dangerosité aussi.  Sur certaines plages, notamment à Rémire-Montjoly, Cayenne et Awala-Yalimapo, les vagues ne sont plus amorties par les bancs de vase et déferlent avec énergie au rivage, il faut aussi se méfier des courants qui peuvent vous entrainer au large ou vous faire dériver. De plus, la pente des plages souvent importante à marée haute peut rapidement vous amener en eau profonde. La prudence s’impose donc en bord de mer, quelle que soit la période de l'année. Lors de la saison des graines où l'on observe généralement les plus hautes vagues, la prudence doit alors être maximale pour toute activité en lien avec l'océan. 
 

 Notre site internet meteofrance.gf , vous informe de la situation météorologique et des hauteurs de marée avant vos sorties à la plage ou en mer.  

Sur la page Marine de notre site, nos bulletins côtiers diffusés matin et soir vous renseignent sur les conditions météorologiques et maritimes pour les 3 jours à venir sur le domaine côtier.

La page vigilance vous alerte sur les phénomènes météorologiques dangereux : conditions maritimes dégradées, fortes précipitations, orages et vent violents.
À la date du 21 juillet 2026, nous en sommes au 8ᵉ épisode de vigilance vagues-submersion depuis le début de l’année.

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