A la une Un incendie progresse en lisière de forêt  en Amazonie

AFP Carl de Souza

Des feux toujours plus nombreux en Amazonie

21/09/2022

En Amazonie, comme dans toute l'Amérique du sud, le déboisement par le feu suit le cycle des saisons. En cette année 2022, la saison sèche en Amazonie ne présente pas un caractère exceptionnellement sec mais cependant on observe un nombre de feux bien plus important que lors des années précédentes. Année après année, le grand espace forestier amazonien se réduit sous l'effet du déboisement. Cette modification de l'écosystème interagit avec le changement climatique en cours en l'accentuant.

Les feux en Amazonie suivent le cycle des saisons.

En Amazonie ( partie nord du Brésil ), la période la plus pluvieuse de l'année se situe de décembre  à mai  avec un maximum de pluviométrie au mois de mars. Cela s'explique par la position de la Zone de Convergence Inter Tropicale  qui en mars atteint sa position la plus au sud à la latitude de Belem ( Eh oui, nos voisins du Para et de l'Amapa ne connaissent pas les bienfaits du petit été de mars!).

Pendant cette période Il y a peu ou pas de feux en Amazonie brésilienne.​Carte de l'INPE( Institut national de recherche spatiale du Brésil) recensant les feux en mars 2022​

Cette carte de l'INPE ( institut national de recherche spatiale du Brésil) recense les feux sur l'ensemble de l'Amérique du sud. On peut remarquer que toute la partie Amazonienne au nord du Brésil ne subit presque pas de feux en mars . En revanche plus au nord du Vénézuela à la Colombie, le mois de mars est en pleine période sèche; en effet au Vénézuela la période sèche s'étire de décembre à mars quand la ZCIT s'éloigne vers l'équateur. Le sud du Brésil connait lui aussi des feux en mars, mais sous ce climat plus sec que dans la partie amazonienne, les feux sont souvent présents tout au long de l'année.

A partir du mois de juin, quand la ZCIT commence  à s'éloigner vers le nord, la saison sèche commence  à  s'installer sur l'Amazonie brésilienne et les feux reprennent sous l'effet du déboisement.Recensement des feux en juin 2022 par l'INPE

En juin 2022 sur la carte ci-dessus,  les feux commencent à remonter vers le nord et attaquent la partie sud de l'Amazonie. Le nord de l'Amazonie reste encore peu concerné en juin.

Avec la saison sèche qui s'intensifie progressivement en Amazonie entre juillet et août le nombre de feux se multiplie. En août  2022 sur la carte ci-dessous, le nombre de feux prend un caractère exceptionnel par rapport aux années précédentes avec  47507 feux recensé au Brésil. Ce chiffre élevé reste cependant encore éloigné du record de  2005 (63764 feux recensés en août). En août 2022, les feux ont également été très nombreux en Bolivie et au Pérou.recensement du nombre de feux en août 2022 par l'INPE

En août  2022, la partie nord de l'Amazonie, au nord du fleuve Amazone reste moins touchée par les feux, mais l'année dernière en  2021, dans ce secteur, les feux étaient plus nombreux en septembre et octobre.

La saison sèche en Amazonie perdure jusqu'en octobre. A partir de novembre, les pluies reprennent progressivement et les feux deviennent moins fréquents.

 

Un nombre exceptionnel de feux en 2022.

Le mois d'août 2022 a été marqué par un nombre de feux très élevé. Le lundi 22 août 2022, avec 3358 incendies détecté, le précédent record journalier d'incendies recensé datant de septembre 2007 a été battu. Le 5 septembre s'est tenue la journée de l'Amazonie mais actuellement, au coeur de la saison sèche en Amazonie, les feux continuent quotidiennement sous l'effet du déboisement.Carte issue du site notre-planete.info recensant les feux en cours pour la journée du 20 septembre 2022

 

Cette carte issue du site notre-planete.info montre les feux recensés pour la journée du 20 septembre 2022 (détection de chaleur par le satellite NOAA20). De nombreux feux de forte intensité sont en cours en Amazonie brésilienne principalement au sud du fleuve Amazone.

La Guyane est elle aussi concernée par le déboisement mais dans une moindre mesure, la carte ci-dessous montre les feux d'abattis sur le Maroni entre Maripa-Soula et Papaïchton ainsi que dans le secteur de Cacao.

Les traditionnels abattis guyanais d'une superficie généralement inférieure à 1 ha sont le plus souvent brûlés en septembre ou octobre au coeur de la saison sèche, ensuite la végétation et les bois restant sont rassemblés puis de nouveaux brûlés et les semis et plantations peuvent se faire  au cours du mois de novembre en espérant que les prémices du retour de la saison des pluies attendus  à  partir de la mi-novembre soient au rendez-vous.Carte montrant les feux d'abattis en Guyane pour la journée du 20 septembre 2022

Pour la journée du septembre 2022, on note sur la carte des feux d'abattis sur le haut Maroni dans les communes de Maripa-Soula et Papaïchton ainsi qu'à Cacao. L'intensité et la fréquence des feux sont toutefois sans comparaison avec ce que l'on peut observer au Brésil pour la même journée.

L'image ci-dessous, à la même échelle montre les feux recensés pour la même journée dans le secteur d'Altamira au Para.Nombreux feux le 20 septembre 2022 autour d'Altamira au Para

 

 

Interactions entre changement climatique et déforestation en Amazonie

Année après année sous l'effet du déboisement à des fins agricoles (élevage et agriculture avec notamment la culture du soja), la forêt amazonienne voit sa surface diminuer. Jusqu'à 1970, les surface déboisées étaient marginales mais avec l'ouverture des grandes routes transamazoniennes, le déboisement s'est brusquement accéléré. La forêt amazonienne a perdu en  cinquante ans  un cinquième de sa surface passant de 4.1millions de km2 à 3.3 millions de km2. ​Carte du déboisement en Amazonie

Cette carte nous montre que le déboisement est très marqué dans sa partie sud déjà plus sèche.

Il faut savoir que la forêt amazonienne a la capacité de générer ses propres pluies (des chercheurs ont estimés qu'un tiers des pluies qui arrosent la forêt amazonienne est issue du réservoir d'humidité que constitue la forêt). Dans les secteurs déboisés du sud amazonien, la pluviométrie a tendance  à  diminuer ce qui accentue les effets du changement climatique qui prévoit déjà à long terme un réchauffement mais aussi une diminution globale de la pluviométrie en Amazonie (notamment dans la partie sud). Cet assèchement progressif dans la partie sud de l'Amazonie favorise des feux plus conséquents qui  brulent de plus grandes surfaces. Par ailleurs les grands feux de l'Amazonie augmentent les rejets dans l'atmosphère de CO2 qui sont à la cause du changement climatique. Les 2 phénomènes:  la  déforestation et le changement climatiques interagissent en s'amplifiant l'un l'autre avec le risque dans la seconde moitié du 21ème siècle de voir des pans entiers de forêt se transformer en savanes plus ou moins arborées et régulièrement soumises au feux.